Dubaï la clinquante, est-elle en train de rendre son dernier souffle ?
« Même pas peur ! » Voilà ce qu’on entendait dans les salles de marchés des pays du golfe au plus fort de la crise financière. Fort de la manne pétrolière et des fonds souverains, les héritiers des tribus arabes faisaient preuve alors d’une confiance inoxydable. Pendant qu’une partie du monde traversait une crise financière sans précédent depuis 1929, les émirs aux ambitions démesurées continuaient à investir des milliards de dollars dans différents projets. Mais il semblerait que la fête soit finie : le conglomérat Dubaï World, la matrice de l’Emirat, annonce qu’elle ne peut plus honorer ses traites.
Une onde de choc chez les financiers du monde entier, et pour cause. Comme un pays du tiers-monde, Dubaï sollicite ses créanciers pour bénéficier d’un échéancier. La dette totale de Dubaï était estimée à 80 milliards de dollars en 2008, dont 70 milliards de dollars à la charge des compagnies publiques. Dubaï World accapare à lui seul 59 milliards de dollars de ce montant. Mais comment en est-on arrivé là ?
Dubaï possède très peu de pétrole, mais elle a des idées et surtout des voisins très généreux. Pas de rente régulière, il fallait chercher ailleurs une autre source de subsistance. Cette cité-Etat perdue dans le désert, a donc fait le choix de devenir une plaque tournante financière incontournable du Moyen-Orient et de développer des projets immobiliers pharaoniques, dans le but d’attirer les investisseurs étrangers.
Elle développe avec succès différents secteurs économiques : les nouvelles technologies, le commerce, le tourisme de luxe et d’affaire. Parallèlement, l’Emirat construit à tout va : aéroports, marinas, hôtels, palaces, autoroutes, métros, parcs d’attractions, à thèmes et aquatiques, centres commerciaux. A la différence des autres pays du golfe, Dubaï anticipe la fin prochaine de la rente pétrolière, qui ne représente plus que 5% du PIB. Sa richesse est assurée aujourd’hui en grandes parties par des entrées fiscales et de plus en plus par le tourisme. Elle permet aux étrangers de pouvoir accéder à la propriété, chose unique dans cette région. Les promoteurs immobiliers du monde entier se bousculent alors au palais de l’émir pour vendre des programmes. L’argent coule à flot, pendant que les riches voisins arabes se rendent tous les week-end dans cet Emirat pour une pause avec la charia. C’est un véritable melting pot, Dubaï la nouvelle tour de Babel. Certains viennent faire du business et d’autres se lâchent pour l’espace de quelques jours.
Mais au mois de novembre 2009 c’est « et je coupe le son… ».
Alors que tout le monde annonce fièrement que la crise est derrière nous, des cadavres commencent à sortir des placards et non des moindres : La Grèce, l’Ukraine, l’Islande… et Dubaï. La faillite de ce dernier risque d’engendrer des conséquences aussi graves que celle des subprimes. Des banques du monde entier ont prêté à Dubaï et à ses entreprises des milliards de dollars pour financer des étincelantes tours de verre et des pistes de ski en salle en plein désert. Le risque que ces emprunts ne soient pas honorés réveille des angoisses. Un effet domino est il à prévoir ?
Vraisemblablement non. Le richissime voisin, Abu Dhabi, veille sur sa petite sœur. Mais le tsunami financier que subit actuellement Dubaï révèle que dans une économie mondialisée aucun Etat n’est épargné et ce quelle que soit la richesse du pays.




Assez d'accord avec ce point de vue. D'ailleurs, vous pouvez vous faire une opinion complémentaire en lisant cet article du Monde intitulé "Dubai ensablé" (http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/12/10/a-dubai-le-futur-ensable_1278775_3234.html) Je retiens la dernière phrase de l'article de M. Chaker : "dans une économie mondialisée aucun Etat n’est épargné". Cela confirme qu'on peut difficilement prendre des décisions nationales pour ne pas dire locales sans chercher à mesurer les effets induits.
D'accord avec Francis, et il faut préciser que la conclusion de M. Chaker était plutôt bien sentie ("Le richissime voisin, Abu Dhabi, veille sur sa petite sœur.") puisque c'est confirmé ce jour par le journal Le Monde qui indique qu'Abu Dhabi accorde un prêt de 10 milliards à Dubaï (cf. http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/12/14/abou-dhabi-accorde-un-pret-de-10-milliards-de-dollars-a-dubai_1280114_3218.html)
conseiller à Omnium et au Bahrein actuellement.Ici le prêt est annoncé à 13 milliards
je suis d'accords . merci Mr Chaker